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The dirty cinema

The dirty cinema

Sale comme sauvage. Sale comme sexy. Voici une caverne entièrement dédiée aux films de genre, aux déflagrations pelliculées, aux péloches cramées, aux bisseries qui tâchent. Moteur.

Publié le par Dirty Max 666
Publié dans : #EROTIQUE

Fais de beaux rêves, Eugénie... Songe à tout ce qui t'est arrivé. Goûte encore à la douleur et au plaisir. Car bientôt, l'heure viendra de t'éveiller.

Christopher lit dans...

 

LES INASSOUVIES

(Jess Franco, 1970)

 

ARTUS FILMS Y VA ENCORE FRANCO part 2

Je le sais, tu le sais, il le sait, nous le savons, vous le savez, ils le savent : Jess Franco est un artiste profondément sadien. Après Justine de Sade (1969), le cinéaste s'attaque de nouveau aux écrits du divin marquis. Les inassouvies est donc l'adaptation de La philosophie dans le boudoir, œuvre que le petit Jesús revisitera ensuite à plusieurs reprises (notamment avec Plaisir à trois en 1974). Sixième des neuf films tournés par Franco pour le producteur Harry Alan Towers, De Sade 70 (Les inassouvies en VO) retranscrit le texte de Sade dans un contexte moderne. Si l'époque change, les vices restent les mêmes. Au XVIIIème siècle comme au XXème, Eugénie (Marie Liljedahl) souhaite toujours s'émanciper du domicile familial. La fleur doit éclore au risque de se faner. La jeune femme téléphone alors à une amie de la famille, Mme de Saint-Ange (Maria Rohm) pour lui demander la permission de venir passer quelques jours dans sa demeure insulaire. Là-bas, son interlocutrice et son demi-frère, Mirvel (Jack Taylor), l'attendent, la bave aux lèvres. Ils ont un projet pour Eugénie : l'initier à la débauche et la sacrifier sur l'autel de la perversion...

Et si Les inassouvies n'était qu'un rêve nourri par les fantasmes SM de Mme de Saint-Ange ? C'est ce que laisse supposer l'introduction et la conclusion du film, toutes deux reliées par la même séquence. Après tout, nos pulsions inavouables ne doivent-elles pas rester au fond de nous ?  À moins que cette boucle temporelle n'existe que pour semer le doute dans l'esprit du spectateur...Dès le départ, la réalité des événements est malmené par quelques effluves oniriques. Entourée d'étranges énergumènes, Mme de Saint-Ange poignarde une femme à oilpé, le tout sur fond de lecture sadienne. Troublant. Une saveur de cauchemar relayée à l'image par une mise au point alternant le net et le flou, comme pour souligner la texture vaporeuse de l'ensemble. Si la folie règne en maître, c'est aussi grâce au score exceptionnel de Bruno Nicolai. Tantôt langoureuse (le chant d'Edda Dell'Orso s'élève parmi les anges), tantôt menaçante (les sonorités orientales annoncent la BO de Toutes les couleurs du vice), la musique du compositeur italien est une merveille de sensualité et de décadence. L'évidence saute aux oreilles : De Sade 70 doit beaucoup au travail du monsieur.

Autre panard pour les esgourdes : la voix de Christopher Lee. L'écouter - et le voir - déclamer du Sade est un authentique régal. Dans la peau de Dolmancé, l'immense acteur se fait l'apôtre d'une cruauté raffinée. À la tête d'une troupe de psychopathes déguisés en costumes d'époque, le Lord Summerisle de The wicker man joue les maîtres de cérémonie avec un méphistophélisme qui fait froid dans le dos. Le diable peut également se réjouir du regard désaxé et fébrile de Jack Taylor, qui forme avec Maria Rohm un sacré duo de tentateur. Si l'inoubliable "Venus in furs" irradie l'écran, Marie Liljedahl l'enflamme carrément. Née le 15 février 1950 à Stockholm, cette suédoise s'illustre dans la sexploitation dès 1966 avec le grec The hot month of august. Cinq ans et neuf péloches plus tard, la belle quitte prématurément le monde du cinéma. Entre-temps, la petite Marie a brillé deux fois chez Joe Sarno (Inga et sa suite), incarné Blanche-Neige (Les contes de Grimm pour grandes personnes) et joué dans une adaptation d'Oscar Wilde (Le dépravé - Dorian Gray). Aux côtés de Christina Lindberg et Marie Forså, la Liljedahl est ce que la Suède a offert de plus beau au 7ème art...Dans Les inassouvies, la miss resplendit dans le rôle de cette poupée abusée et cravachée par des adeptes du plaisir sans limites. Le final touche au sublime. (ATTENTION SPOILER) Seule et perdue dans les dunes, Eugénie exhibe son corps nu et meurtri aux rayons du soleil. Après la jouissance, la mort semble être la seule issue. (FIN DU SPOILER) Du très très grand Franco.

Jack Taylor, Marie Liljedahl et Maria Rohm dans Les inassouvies : un plaisir à trois qui ne se refuse pas.

Jack Taylor, Marie Liljedahl et Maria Rohm dans Les inassouvies : un plaisir à trois qui ne se refuse pas.

DOLMANCE - Ah ! Renonce aux vertus, Eugénie ! Est-il un seul des sacrifices qu'on puisse faire à ces fausses divinités, qui vaille une minute des plaisirs que l'on goûte en les outrageant ? Va, la vertu n'est qu'une chimère, dont le culte ne consiste qu'en des immolations perpétuelles, qu'en des révoltes sans nombre contre les inspirations du tempérament. De tels mouvements peuvent-ils être naturels ? La nature conseille-t-elle ce qui l'outrage ? Ne sois pas la dupe, Eugénie, de ces femmes que tu entends nommer vertueuses. Ce ne sont pas, si tu veux, les mêmes passions que nous qu'elles servent, mais elles en ont d'autres, et souvent bien plus méprisables... C'est l'ambition, c'est l'orgueil, ce sont des intérêts particuliers, souvent encore la froideur seule d'un tempérament qui ne leur conseille rien. Devons-nous quelque chose à de pareils êtres, je le demande ? N'ont-elles pas suivi les uniques impressions de l'amour de soi ? Est-il donc meilleur, plus sage, plus à propos de sacrifier à l'égoïsme qu'aux passions ? Pour moi, je crois que l'un vaut bien l'autre ; et qui n'écoute que cette dernière voix a bien plus de raisons sans doute, puisqu'elle est seule l'organe de la nature, tandis que l'autre n'est que celle de la sottise et du préjugé.

Extrait de La philosophie dans le boudoir du marquis de Sade

Bruno Nicolai et Jess Franco : une collaboration fructueuse pour les mélomanes.

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Dr FrankNfurter 09/04/2014 10:01

Acheté également le DVD.
Pas encore revu le film que j'ai découvert il y a presque un an.
On ne soulignera jamais assez (aussi) les qualités esthétiques de Franco (quand il s'en donne la peine).

Dirty Max 666 09/04/2014 11:15

Quand il s'applique, le petit Jesús peut effectivement faire des merveilles. Les inassouvies demeure l'un de mes Franco préférés. Et puis la BO de Nicolai est, à elle seule, un petit chef-d'œuvre. Je l'écoute en boucle !

Rigs Mordo 20/03/2014 16:47

Excellente chronique, une fois de plus tu vends bien le film. Je suis en tout cas assez content de voir que Jess Franco commence à être mieux vu, il a longtemps été vu comme un simple tâcheron, ce qu'il a été mais pas seulement. C'est bien que les gens puissent voir son autre facette. J'aime d'ailleurs les deux, que ce soit ses films plus poético-bizarres ou ses films clairement bis, qu'ils soient réussis ou non (car ils sont souvent rigolos dans ce cas-là).

Dirty Max 666 20/03/2014 17:51

Salut Rigs, je suis absolument d'accord avec toi. D'ailleurs, les différents titres proposés par Artus montrent bien toute la variété et la richesse du cinéma de Jess Franco. Un cinéma totalement fou et inclassable.