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The dirty cinema

The dirty cinema

Sale comme sauvage. Sale comme sexy. Voici une caverne entièrement dédiée aux films de genre, aux déflagrations pelliculées, aux péloches cramées, aux bisseries qui tâchent. Moteur.

Publié le par Dirty Max 666
Publié dans : #BLOODY HORROR

 

ANTHROPOPHAGOUS

(Anthropophagus)

de Joe D'Amato

Italie - 1980

Starring : George Eastman, Tisa Farrow &

Serena Grandi

VERY BAD TRIPES

Anthropophagous. Un titre qui sonne à l'oreille comme un chant de sirène en décomposition. Un film viscéral qui fait aujourd'hui peau neuve grâce au dvd made in "Bach Films". Une galette bénéficiant même d'une version originale, ce qui est plutôt rare chez l'éditeur. Ce dernier ne s'arrête pas en si bon chemin et nous offre aussi trois lobbycards "collector" (à encadrer et à poser sur votre table de nuit) et un entretien avec le génial Christophe Lemaire (notre père à tous). Toutes les conditions sont donc réunies pour (re)voir George Eastman étaler ses tripes à l'écran... Depuis sa sortie au début des eighties, Anthropophagous (aka Man beast, The savage island, The grim reaper ou The zombie's rage) jouit d'une aura aussi culte que sulfureuse. Une réputation essentiellement due à deux scènes chocs. La première est un fist-fucking débouchant sur un arrachage de foetus. La seconde est une démonstration d'auto-cannibalisme voyant ce pauvre Eastman bouffer ses entrailles (performance illustrant d'ailleurs l'une des affiches du film). Voilà pour les passages les plus gratinés. Et en dehors de ça, que peut-on dire sur le long métrage de Joe D'Amato ? Que le gore se manifeste bien au-delà de ces deux prouesses cradingues, ce qui permet au ciné(anthropo)phage de ne pas trop s'emmerder. Et que le film a bien d'autres qualités. Mais aussi, avouons-le, quelques défauts.

Le pitch est ultra-basique. Un groupe de jeunes touristes débarque sur une île grecque vidée de ses habitants. Pas de chance pour nos vacanciers, seul un psychokiller cannibale rôde dans les parages afin de boulotter tout ce qui bouge... Avec Anthropophagous, D'Amato donne dans le craspec, le bestial, le maladif. Tournant le dos aux envolées baroques d'un Dario Argento ou d'un Lucio Fulci, monsieur Joe se laisse cramer par le soleil de son décor insulaire. Le grain du format 16 mm ronge l'image et empêche toute beauté d'éclore, toute poésie de fleurir. Le monde d'Anthropophagous est un ossuaire balnéaire finissant par se dévorer lui-même. L'approche volontairement brute adoptée par l'auteur du puissamment malsain Blue holocaust  indispose autant que la vue d'un cadavre putréfié.  Une esthétique de l'horreur composée de quelques cadrages inspirés (rappelons que D'Amato fut un chef op' réputé avant de réaliser lui-même ses propres péloches). Encore que l'influence du Halloween de John Carpenter se fasse parfois ressentir, notamment dans l'emploi de la vision subjective (procédé déjà utilisé dans des œuvres antérieures au classique de Big John, comme les premiers gialli d'Argento et le Black Christmas de Bob Clark). L'ombre de Michael Myers plane également sur George Eastman, lorsque ce dernier surgit dans le champ sans prévenir (cf. la scène du grenier où une nana se croyant à l'abri, se fait brutalement agripper par le toit).  

Folie homicide, démarche d'automate, prédilection pour l'arme blanche : l'anthropophage du père D'Amato est bel et bien un boogeyman de slasher. Un genre dans lequel les personnages sont bien souvent réduits à leur plus simple expression. La règle ne fait pas ici exception, puisque les victimes potentielles sont aussi inintéressantes que constipées du front (certaines de leurs réactions sont franchement incohérentes...). Des rôles pas vraiment valorisants pour Tisa Farrow (l'héroïne de L'enfer des zombies), Zora Kerova (les seins suppliciés de Cannibal ferox) et Serena Grandi (la bombe anatomique de Miranda). Quant au casting masculin, je préfère encore le passer sous silence... Une remarque qui ne concerne pas George Eastman (de son vrai nom Luigi Montefiori), imposant dans la peau d'un monstre prisonnier à jamais de la mer Égée. Une bête sauvage dont l'humanité n'est plus qu'un lointain souvenir (un flashback nous dévoile le background particulièrement cruel du futur psychopathe). Plus proche du zomblard que de l'homme, le cannibale grec n'a rien de l'assassin raffiné façon Hannibal Lecter. Eastman obéit à des pulsions incontrôlables, il tue pour manger et il mange pour tuer. Agrémenter son repas de fèves au beurre et d'un excellent chianti, est le dernier de ses soucis...Pour finir sur une note musicale, regrettons toutefois le caractère cheapos du score composé par Marcello Giombini. Sa partition kitsch et criarde n'est pas toujours agréable à l'esgourde (mais reste plus écoutable que du Christophe Maé). Grand mélomane, le docteur Lecter n'aurait jamais laissé passer une telle faute de goût.

George Eastman dans Anthropophagous : "L'homme qui se mange lui-même !".

George Eastman dans Anthropophagous : "L'homme qui se mange lui-même !".

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Roggy 19/08/2014 21:27

Très belle chronique pour ce gore rital qui m'est un peu resté sur le bide comme un vieux plat de pâtes séchées :)

Dirty Max 666 20/08/2014 08:53

Merci beaucoup Roggy ! C'est sûr, Anthropophagous est un film viscéral qui agit avant tout sur le bide du spectateur...

Sekateur 17/08/2014 18:41

J'aime beaucoup l'horreur selon d'Amato, l'une des plus craspecs du cinéma bis Italien. Il m'en reste un à voir, manifestement pas facile à trouver, c'est Horrible, si je me souviens bien du titre. En tout cas, j'ai vu cet Anthropophagous, et j'ai été séduit, non pas par les deux scènes choc, car elles ont bien vieilli, mais plutôt par cette ambiance de tragédie putride - je ne sais comment la décrire. Très différente de celle, plus dérangeante, de Blue Holocaust. En tout cas, un film important pour tout amateur de tripailles avariées...

Dirty Max 666 18/08/2014 10:28

Je suis bien d'accord avec toi, Séka. Même si le temps a fait son œuvre, Anthropophagous reste un pur classique du gore. La "tragédie putride" dont tu parles, se traduit plutôt bien à travers le regard de George Eastman, un freak contraint de tuer pour se nourrir comme une bête...En ce qui concerne Horrible, tu peux aussi le trouver en dvd chez Bach Films !

Rigs Mordo 17/08/2014 14:59

Merci pour le lien vers la chronique de Loïc! Ton excellente chronique me rappelle qu'il faut que je me procure le DVD, avec Horrible, on n'a jamais assez de bis italien dans ses étagères... Encore de l'excellent job de l'ami Max qui donne encore plus envie de plonger les mains dans les viscères transalpines!

Dirty Max 666 18/08/2014 10:07

De rien Rigs, c'est normal. J'aime beaucoup la nostalgie qui se dégage de la chronique de Loïc, Anthropophagous faisant partie de l'époque bénie des vidéoclubs. Pas de doute, "Bach Films" a fait du bon boulot avec le pack D'Amato. Ces deux galettes méritent sans problème de trôner sur nos étagères (je n'en ai pas parlé mais "Horrible" est lui aussi un gore spaghetti tout à fait recommandable).

RanxZeVox 17/08/2014 11:08

Tout cela est bien vrai, sans doute pas le meilleur Joe Dante (Hurlements !) mais il passe à peu près. Hier soir on a maté The 'Burbs (les banlieusards) dans un registre comédie auquel Joe Dante ne nous avait pas encore habitué, avec Tom Hanks et Carrie Fischer dans de fort jolis robes fleuries. Excellent.
Hugo Spanky

RanxZeVox 19/08/2014 20:31

C'est pas marrant tous les jours la vieillesse...
Hugo Spanky

Dirty Max 666 18/08/2014 09:53

Attention l'ami, tu as confondu Joe Dante avec Joe D'Amato ! Pas grave, puisque ce rapprochement inattendu entre le réal d'Anthropophagous et celui de Gremlins, prouve que tu as bon goût en matière de cinoche ! J'ai découvert "Les banlieusards" il y a quelques années à la téloche et j'en garde un bon souvenir. Il s'agit effectivement d'une comédie dans laquelle la verve satirique de son auteur fait bien des ravages. En un mot : dantesque !