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The dirty cinema

The dirty cinema

Sale comme sauvage. Sale comme sexy. Voici une caverne entièrement dédiée aux films de genre, aux déflagrations pelliculées, aux péloches cramées, aux bisseries qui tâchent. Moteur.

Publié le par Dirty Max 666
Publié dans : #THE DIRTY GALLERY

 

L'ENFER SELON WILLIAM FRIEDKIN...

 

DES ÉTOILES PLEIN LES MIRETTES n°5 : SORCERER

Après les succès de French connection (1971) et L'exorciste (1973), William Friedkin devient l'un des rois du Nouvel Hollywood. Il peut faire ce qu'il veut, sans se faire emmerder par les costards-cravates des studios. Quatre ans après les dégueulis démoniaques de Linda Blair, "Hurricane Billy" opte pour un remake du Salaire de la peur (1953), lui-même adapté d'un roman de Georges Arnaud. Le titre de cette nouvelle version : Sorcerer.

Résultat, Le convoi de la peur (dénomination française plus prosaïque) est au film d'Henri-Georges Clouzot, ce que The thing est à La chose d'un autre monde : une mouture radicalement différente de l'original. Plus sombre, plus traumatisante, plus transcendante. Le scénario de Walon Green (l'homme derrière les mots de La horde sauvage) est d'un nihilisme profondément peckinpien. Aucune rédemption possible pour ceux qui partent se planquer dans l'ultime trou du cul terrestre. Aucune porte de sortie pour le tueur à gages latino (Francisco Rabal), le terroriste palestinien (Amidou), le malfrat new-yorkais (Roy Scheider) et l'escroc parisien (Bruno Cremer). Ce qui les attendent : le plus sale des jobs. Convoyer des caisses ne nitro suintante dans deux camions rafistolés, deux cercueils de tôle aussi usés que leurs conducteurs. Une mission suicide qui n'apportera pas davantage de sens à l'existence de nos quatre hommes...

Sorti quasiment au même moment que La guerre des étoiles, Le convoi de la peur se crash au box-office de l'année 1977. Outre cette concurrence intergalactique, on comprend ce qui a pu mettre mal à l'aise le public de l'époque. En faisant de ses personnages principaux des anti-héros, Friedkin nous enlève tout repère moral et nous transporte au-delà du bien et du mal. Le cinéaste n'a que faire du confort du spectateur. De toute façon, le 7ème art ne devrait jamais être une histoire de confort. Accepter de vivre l'expérience Sorcerer, c'est se remettre en question et bousculer ses certitudes. C'est contempler la face la plus monstrueuse et la plus fascinante de ce monde. C'est parcourir les deux heures de métrage totalement médusé, et finir KO aux premières lettres du générique de fin. La véracité et l'âpreté émanant de l'œuvre provoquent un choc irrémédiable.

Pourquoi ? Parce que l'équipe du film s'est en grande partie posée en pleine jungle hostile et s'est laissée contaminer par l'atmosphère des lieux. Au beau milieu d'un enfer vert constitué de sueur, de crasse et de flamme (les puits de pétrole ne sont pas loin). Les comédiens ont vraiment l'air de risquer leur peau. La scène du bahut tanguant sur un pont de fortune est un grand moment de tension. Un morceau de bravoure tellement intense que j'en ai fait dans mon froc, comme un moutard mort de trouille devant L'exorciste (tous les chemins mènent à Friedkin). Dans ce dernier, Pazuzu pervertit une gamine de douze ans. Dans Sorcerer, un totem surveille les protagonistes et les accompagne sur leur chemin de croix. Ne comptez pas sur la silhouette mystique pour venir en aide à notre quatuor.  Car dans cette loi du plus fort, la nature - indifférente au sort de ceux qui la traversent - l'emporte constamment sur les hommes. La survie n'est qu'un leurre, la terre finissant toujours par nous dévorer. La chair et l'esprit des camionneurs sont ici possédés par les environs. Comme dans Apocalypse now (qui ne sortira que deux ans plus tard), la folie marque la fin du voyage, le point de non-retour.

Désespéré, terrassant et scotchant, Le convoi de la peur est un chef-d'œuvre maudit, un coup de boule sans équivalent dans l'histoire du cinématographe.

"L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre." Louis Aragon
"L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre." Louis Aragon
"L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre." Louis Aragon
"L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre." Louis Aragon
"L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre." Louis Aragon
"L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre." Louis Aragon
"L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre." Louis Aragon
"L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre." Louis Aragon
"L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre." Louis Aragon
"L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre." Louis Aragon
"L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre." Louis Aragon
"L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre." Louis Aragon
"L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre." Louis Aragon
"L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre." Louis Aragon
"L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre." Louis Aragon

"L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre." Louis Aragon

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MAYDRICK 04/03/2015 04:52

Hello ! Chouette billet. Superbe film redécouvert en version restaurée il y a peu. On peut dire que ce sont de ces films monumentaux qui tiennent autant au génie qu'à l'inconscience, mais peut-être que l'un ne va pas sans l'autre car l'un est une partie de l'autre. Bref, il y a plein d'idées tout le temps, c'est vraiment un régal. L'ambition cinématographique est énorme. Et le soin apporté à la musique incroyable de Tangerine Dream en dit long sur les visées cauchemardesques du réalisateur. Pour moi, c'est une sorte de point d'orgue du Nouvel Hollywood (il me semble mieux approprié de parler d'Apocalypse One pour celui-ci que pour VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER, autre bijou).
Petite précision : le film déçoit souvent quand on le compare, quand on le regarde comme un remake. Or, c'est une erreur, ce n'est pas du tout un remake.
Au plaisir de repasser dans ces contrées.

Dirty Max 666 04/03/2015 09:32

Salut Maydrick, ravi de faire ta connaissance ! Je ne peux qu'être d'accord avec toi sur Le convoi de la peur, chef-d'œuvre total qui laisse sur les genoux. Le film est effectivement plus qu'un remake, Friedkin se détachant radicalement du Salaire de la peur pour donner naissance à une œuvre autonome, singulière, unique. La preuve : en regardant Sorcerer, on oublie complètement le Clouzot (du moins, en ce qui me concerne) ! Merci pour ton passage et à bientôt, donc.

Dr FrankNfurter 17/09/2014 14:52

Vu il y a peu grâce à sa ressortie en copie neuve, traumatisant en effet.
Pas étonnant qu'il se soit planté au box-office face à Star Wars, un peu comme The Thing face à ET en 82.
Pas dans les clous et les attentes du public du cinéma mainstream et autres blockbusters. Dommage (bel euphémisme...)

Moi qui voulait faire la chro justement Sorcerer, je vais attendre encore peu alors :-D

Dirty Max 666 20/09/2014 16:34

Mais je t'en prie, amigo ! Ta formule est très juste : "deux films différents sur la forme mais qui traduisent un même amour du cinéma."

Roggy 19/09/2014 20:55

Une belle chronique pour deux films différents sur la forme mais qui traduisent un même amour du cinéma. Merci Max de les remettre dans la lumière.

Dirty Max 666 17/09/2014 15:44

Tout à fait, Doc. "Sorcerer" annonce déjà la fin du Nouvel Hollywood. "Jaws" et "Star wars" ont imposé de nouveaux standards. La porte du paradis va bientôt se fermer...Mais le choc provoqué par le film de Friedkin reste indélébile. Et surtout n'attends pas : j'ai hâte de lire ton texte sur "Le convoi de la peur" !

Sékateur 14/09/2014 10:57

Je trouve ce remake très inférieur à l'original. Sans le trouver catastrophique, ou "inutile" (sentiment récurrent chez moi quand je vois un remake), je n'ai pas réussi à oublier le classique de Clouzot. Ça reste néanmoins un film solide et bien joué.

Dirty Max 666 14/09/2014 11:24

Question de sensibilité, j'imagine. En même temps, les deux films sont si différents dans leur traitement que l'on peut difficilement les comparer. Néanmoins, la façon d'aborder le remake dans les années 70 et 80 n'a rien à voir avec l'absurdité industrielle d'aujourd'hui...Je te souhaite de passer un bon dimanche, Séka !

Rigs Mordo 13/09/2014 17:52

Super papie et galerie, Max! Il faudra vraiment que j'essaie de le voir, comme tu le sais j'adore Bruno Cremer, et vu que j'aime beaucoup le William Friedkin de l'époque, je n'ai visiblement aucune raison de me retenir! Et puis tu en parles si bien, comme toujours, qu'on a forcément envie de foncer avec eux, la nitro au cul.

Dirty Max 666 13/09/2014 18:32

Merci mon ami ! "Sorcerer" a été pour moi LA claque de l'été (avec "The raid 2" en salle). Le blu-ray de chez Warner m'a enfin permis de voir ce sacré morceau de cinéma. Je te rejoins sur le grand Bruno Cremer, un acteur robuste, magnétique et toujours impeccable (je l'aime aussi beaucoup dans "L'alpagueur" et "Espion, lève-toi"). Dans "Le convoi de la peur", il remplace haut la main un Lino Ventura initialement pressenti pour le même rôle. Je te conseille donc vivement ce magistral "Sorcerer", une plongée en apnée dans l'enfer des hommes.