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The dirty cinema

The dirty cinema

Sale comme sauvage. Sale comme sexy. Voici une caverne entièrement dédiée aux films de genre, aux déflagrations pelliculées, aux péloches cramées, aux bisseries qui tâchent. Moteur.

Publié le par Dirty Max 666
Publié dans : #EPOUVANTE OLD SCHOOL

Elle est extraordinaire. Dans Le spectre du professeur Hichcock, elle a des yeux...des yeux "métaphysiques", ils ne sont pas réels, ce n'est pas possible, ce sont des yeux de De Chirico... Parfois, sous certains éclairages, avec certaines couleurs, elle obtient certaines expressions, qui ne sont pas humaines, des résultats qu'aucune autre actrice ne pourrait obtenir.

Riccardo Freda à propos de Barbara Steele

 

LES AMANTS D'OUTRE-TOMBE

(Amanti d'oltretomba)

de Mario Caiano

Italie - 1965

Starring : Barbara Steele, Paul Muller &

Helga Liné

 

QUAND LE GOTHIQUE A DU STEELE

La sorcière sanglante, Le spectre du professeur Hichcock, L'effroyable secret du docteur Hichcock, Le cimetière des morts-vivants, Les amants d'outre-tombe : remercions Artus Films de nous avoir offert une superbe barbarasteelothèque. L'actrice anglaise le mérite amplement puisque son nom s'impose immédiatement lorsque l'on cause d'épouvante gothique à l'italienne. Aussi essentielle au genre que le sont les maestros Bava, Freda et Margheriti, la Steele est l'attraction principale de ses films. Elle domine les ombres, absorbe la lumière et conquiert nos âmes. Telle Méduse, la Barbara pétrifie tout mortel qui croise son regard. L'homme, dans un sentiment mêlé de fascination et de terreur, ne peut rien y faire. Les grands yeux de la sorcière Asa sont une promesse d'extase et de souffrance. Le masque du démon est séduisant, irrésistible. Mieux vaut jouir en enfer que de s'emmerder au paradis... De Barbara Steele, c'est encore Charles Baudelaire qui en parle le mieux. Même si le poète n'est pas contemporain de la dame en noir, je ne peux m'empêcher de penser à cette dernière en lisant Le désir de peindre. Extrait : "Elle est belle, et plus que belle; elle est surprenante. En elle le noir abonde : et tout ce qu’elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l’éclair : c’est une explosion dans les ténèbres."

Ce "soleil noir" cher à l'auteur des Fleurs du mal, éblouit jusqu'aux recoins les plus obscurs des Amants d'outre-tombe. Le film de Mario Caiano est l'avant-dernière grande contribution de Barbara Steele à l'horreur transalpine. Un an après, elle sera un ange pour satan dans le long-métrage de Camillo La crypte du vampire Mastrocinque. Une bande sous-estimée qui permet pourtant à la comédienne de livrer une performance des plus envoûtantes. On ne peut pas en dire autant de ses apparitions anecdotiques dans The she beast (1966) et La maison ensorcelée (1968). Toutefois, sa courte participation à la comédie médiévale L'armée Brancaleone (1966) vaut franchement le détour. Et pour cause : la miss aime s'y faire fouetter... Pour l'heure, revenons-en à Amanti d'oltretomba (aka The facelesss monster ou Nightmare castle en anglais). L'occasion pour l'icône de la terrore all'italiana de briller à nouveau dans un double rôle. Celui de la brune Muriel et de sa sœur, la blonde Jenny. La première trompe son scientifique de mari, le Dr Stephen Arrowsmith (Paul Muller), avec leur jardinier. Furax, le doc torture et achève les deux amants. Avant de rendre son dernier souffle, Muriel révèle à son époux que sa frangine héritera de la fortune familiale. Mais Stephen ne s'arrête pas là et passe la bague au doigt de la petite Jenny. Non pas par amour mais pour la rendre folle, afin de lui piquer son pactole. Seulement voilà, l'esprit de la défunte Muriel va contrarier le plan diabolique du sieur Arrowsmith...

Comme vous le voyez, aucun des grands thèmes du gothique ne manquent à l'appel. De l'adultère fatal à la vengeance spectrale, en passant par la machination perverse et la cupidité sans limite, tout est là. Les décors respectent eux aussi la tradition. Le château, élément incontournable du genre, est le théâtre de toutes les vilenies. Derrière chaque mur se cache des secrets parmi les plus inavouables. La crypte se transforme en salle de torture, le labo dissimule des expériences interdites et la serre devient l'antichambre de la mort. La plus belle séquence du film se déroule d'ailleurs dans cet abri végétal. Dans son cauchemar, Jenny est attirée par un mystérieux individu dont le visage est entièrement recouvert d'un linceul blanc. Une rencontre onirique, troublante et visuellement très giallesque (le faciès fantomatique du bonhomme évoque celui du tueur de Six femmes pour l'assassin). Cette fulgurance sombre et poétique fait regretter que Caiano ne se soit pas davantage intéressé au surnaturel, son CV étant essentiellement composé de films d'aventure (Le signe de Zorro), de péplums (La fureur des gladiateurs) et de westerns (Shangaï Joe). Dommage car le cinéaste se montre plutôt inspiré et parvient même à transcender sa ghost story cruelle et revancharde. Et n'hésite pas à l'immerger dans le plus profond des abysses...

Les tableaux morbides du générique de début annoncent la noirceur dans laquelle Les amants d'outre-tombe s'apprête à plonger. Une ouverture cafardeuse, bientôt relevée d'une bonne dose de sadisme grâce à la composition méphistophélique de Paul Muller. Tout comme dans La vengeance de Lady Morgan, l'acteur suisse interprète un persécuteur et un manipulateur de première. Un type foncièrement mauvais mettant sa folie au service de la science. (ATTENTION SPOILER) À l'instar de Donald Wolfit dans Blood of the vampire, le personnage de Muller utilise la transfusion sanguine pour arriver à ses fins. Sauf qu'ici, notre funeste chercheur tente de percer le secret de la jeunesse éternelle. Son cobaye n'est autre que la vieille gouvernante, Solange (la Helga Liné  de Kriminal et Le retour de Kriminal), qui une fois redevenue jeune et jolie, devient en même temps sa maîtresse... (FIN DU SPOILER) Puisque le diable aime aussi danser au clair de lune, Ennio Morricone livre ses premières notes pour une péloche qui fait peur. Orgue effrayant et piano mélancolique : une dualité qui se retrouve chez Barbara Steele. Brune et blonde, acariâtre et angélique, la comédienne excelle dans ce genre de double emploi, passant aisément de la provocante Muriel à la fragile Jenny. Et même si sa beauté est mise à mal lors du final, il est bien difficile d'enlaidir la miss Steele. Pour conclure, je laisse de nouveau la parole au père Baudelaire : "Il y a des femmes qui inspirent l’envie de les vaincre et de jouir d’elles; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard."

Les amants sortent de leur tombe et portent sur leur visage les stigmates de l'amour...

Les amants sortent de leur tombe et portent sur leur visage les stigmates de l'amour...

Quand la grâce et la tristesse s'unissent pour caresser les nuages : l'art de Morricone dans toute sa splendeur.

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Sékateur 21/10/2014 19:51

J'ai eu le bonheur de voir Barbara Steele il y a quelques jours de cela, dans Danse Macabre, eh bien, je ne peux que souscrire à cette déclaration... elle est tout à fait fascinante. Le remake de ce film, Les fantômes de Hurlevent, propose dans le rôle de Steele la superbe Michèle Mercier, mais... c'est pas pareil... Elle est moins sombre, moins venimeuse (même si..., bref...) Danse Macabre reste un classique du genre (très osé d'ailleurs, je trouve) et Steele y déploie un charme ambigu tout à fait saisissant... Bon, désolé, je n'ai pas vu les Amants d'Outre-Tombe...

Dirty Max 666 22/10/2014 09:29

Salut Séka, j'ai aussi un faible pour "Danse macabre", peut-être bien la plus belle pièce gothique de Barbara Steele. En revanche, je n'ai pas encore vu "Les fantômes de Hurlevent", un remake réalisé au début des 70's par le même Antonio Margheriti ...

Roggy 02/10/2014 20:53

Encore une très belle chronique pour ce film gothique, mais surtout une ode magnifique à la sublime Barbara Steele qui a définitivement trouvé son poète des temps moderne en la personne de Max.

Dirty Max 666 03/10/2014 08:32

Un très grand merci à toi, Roggy, ça me touche ce que tu dis là...Mais je n'ai pas fait grand-chose au final, c'est Barbara qui m'a soufflé tous ces mots à l'oreille...

Rigs Mordo 28/09/2014 20:38

Encore une chronique géniale, toute en poésie et avec un choix des mots fait à la pince, pesé, parfaitement placé. Du grand Max quoi! Je ne me doutais guère de l'excellente tenue du texte, tout comme je me doutais que tu avais adoré le film, on ne change plus un amoureux du gothique lorsqu'on a atteint nos âges! Un grand merci aussi pour le lien vers la mienne!

Rigs Mordo 29/09/2014 15:52

Assurément! Et il fallait lire "je ne doutais guère de l'excellente tenue du texte" dans mon premier post et non "je ne me doutais guère", ce qui ne veut pas dire la même chose lol Encore bravo en tout cas!

Dirty Max 666 29/09/2014 08:26

Salut Rigs et merci infiniment pour tes compliments ! Barbara Steele ne peut laisser le fantasticophile indifférent, surtout avec des perles noires comme cet "Amanti d'oltretomba". Ceux qui ont eu la chance de découvrir la belle dans les salles de quartier, en sont toujours amoureux, ça c'est sûr...

RanxZeVox 28/09/2014 19:04

Magnifique choix de mots pour rendre un tout aussi magnifique hommage à l'une des plus troublantes (au sens pas rassuré en sa compagnie) femmes que le cinéma nous a donné l'occasion de croiser.
Hugo Spanky

Dirty Max 666 28/09/2014 19:19

Merci Hugo ! Barbara Steele est peut-être bien la plus fascinante dark lady du cinéma. Comment ne pas être subjugué, hypnotisé, paralysé par de tels yeux ?