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The dirty cinema

The dirty cinema

Sale comme sauvage. Sale comme sexy. Voici une caverne entièrement dédiée aux films de genre, aux déflagrations pelliculées, aux péloches cramées, aux bisseries qui tâchent. Moteur.

Publié le par Dirty Max 666
Publié dans : #SHOCKER

Le film que vous allez voir relate la tragédie que vécut un groupe de cinq jeunes gens, en particulier Sally Hardesty et son frère invalide Franklin. Cette histoire est d'autant plus tragique qu'ils étaient jeunes. Mais, eussent-ils vécu très très longtemps, qu'ils n'auraient pu s'attendre ni même souhaiter voir une telle débauche de folie et de macabre à laquelle ils assistèrent ce jour-là. Pour eux, une balade par un après-midi d'été idyllique devint un cauchemar. Les événements de cette journée devaient mener à la découverte de l'un des crimes les plus bizarres des annales de l'histoire américaine, connu sous le nom de...

 

MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE

(The Texas chainsaw massacre)

de Tobe Hooper

États-Unis - 1974

Starring : Marilyn Burns,

Gunnar Hansen & Jim Siedow

 

LE CUIR EST ÉTERNEL

Pas facile de causer d'une telle œuvre. Intimidante, célèbre, vénérée, copiée, (sur)analysée et récupérée de toutes parts. Même Télérama a retourné sa veste pour l'encenser (une habitude chez le canard). La ressortie dans nos contrées de Massacre à la tronçonneuse permet de mesurer à quel point le film a gardé son aura intacte. Et de se remémorer sa petite histoire amoureuse avec ce classique à toute épreuve. Leatherface a 40 berges, moi 34. Six ans d'écart, mon enfance à passer et logiquement un premier rendez-vous manqué : celui des séances de ciné durant les glorieuses 70's. Pour me consoler, je me laisse bercer par le carré blanc de la petite lucarne (L'Inspecteur Harry, L'exorciste, Halloween, Le gendarme de Saint-Tropez...). Ce n'est donc que bien plus tard, dans les moins glorieuses 90's, que Face de cuir me montre enfin sa tronçonneuse. Canal+ a joué pour nous les entremetteurs. Un coup de foudre qui se poursuit avec la mythique VHS de René Chateau ("Après cinq ans d'interdiction...") et le dvd de StudioCanal (en attendant le futur blu-ray, à paraître le 3 décembre prochain). Comme vous le voyez, The Texas chainsaw massacre est le genre de film qui traverse tous les supports et s'accroche à vous tout au long de la vie. Mais alors que le temps s'acharne sur le pauvre cinéphage, le chef-d'œuvre de Tobe Hooper n'a pas pris une ride. Pas même un foutu cheveu blanc. Et au regard de sa nouvelle visite dans les salles obscures, une évidence s'impose : la tronçonneuse n'est pas prête de se gripper.

18 août 1973. Une voix off récite le texte qui défile sous nos yeux. Le ton est neutre mais les propos font froid dans le dos. L'horreur qui va se déchaîner à l'écran serait donc réelle. Dès lors, le spectateur ne peut plus se réfugier derrière la fiction. Comme Sally et ses potes, il n'a aucune échappatoire. Oubliez vos certitudes, vos croyances. Rien n'est plus abominable que la vérité. Massacre à la tronçonneuse vient à peine de commencer que le malaise est déjà palpable. Le reste ne rassure pas davantage. Écran noir, bruits suspects et soudain les premières images :  les fragments d'un cadavre putride éclairés par les flashs d'un appareil photo. Le raccord suivant est brutal. Gros plan sur le macchabée, suivi d'un lent travelling arrière nous le dévoilant empalé sur une stèle funéraire (petit détail : il tient dans ses bras un second corps, ou du moins ce qu'il en reste). Quand l'outrage ultime (la profanation de sépulture) suscite des vocations artistiques aussi grotesques que répugnantes. Le décor est planté. Ici, la folie et la mort mènent la danse. La chorégraphie est extrême, cauchemardesque, sans limites. Malheur à celui qui ne suit pas le rythme... Les taches solaires du générique d'ouverture précipitent l'humanité dans le chaos (idée également au centre du giallo Frissons d'horreur aka Macchie solari) et transforme le Texas en enfer terrestre. La chaleur, la suffocation, la crasse, la souffrance, la trouille : autant d'éléments qui font de Massacre à la tronçonneuse une expérience viscérale, âpre, suintante.

Si des effluves de bidoche avariée viennent titiller vos narines, c'est que Tobe Hooper utilise toutes les ressources à sa disposition pour que son film soit le plus organique et réaliste possible. La direction artistique de Robert A. Burns déploie des trésors d'inventivité macabre et ne laisse rien au hasard. D'une simple dent arrachée à un intérieur agencé façon Ed Gein (avec peaux tannées, carcasses en tout genre et autres joyeusetés), les décors de Massacre à la tronçonneuse ont de quoi foudroyer sur place la mère Damidot. La photographie de Daniel Pearl ne cherche pas davantage à embellir le cadre.  Le grain de la pellicule recouvre l'image d'un épiderme rugueux et rend le climat encore plus poisseux et oppressant. Soutenu par des collaborateurs particulièrement inspirés, le futur réal de Poltergeist mise tout sur l'atmosphère et offre au passage une belle leçon de mise en scène. Refusant toutes facilités, Hooper suggère quand il le faut et ne verse jamais dans le grand-guignol. Si le sang est ici bel et bien présent, difficile pourtant de qualifier le long métrage de gore. Le cinéaste préfère surprendre le spectateur au moment où il s'y attend le moins (la première apparition de Leatherface, silhouette écrasante surgissant du bout du couloir, fait l'effet d'un électrochoc). Le paroxysme est atteint avec la séquence du "repas", morceau d'anthologie qui en aura traumatisé plus d'un. Bruitage glauque et strident, montage abrupt et percutant, très gros plan sur l'œil terrorisé de la victime : jamais le 7ème art ne s'est approché aussi près de la folie. Le résultat à l'écran est tellement stressant qu'il finit par provoquer le rire. Mais un rire nerveux, inquiet, déclenché par l'humour noir et incisif de la famille "tronçonneuse".

Profondément atteints du bocal, les psychopathes de The Texas chainsaw massacre  sont des grands gamins pour qui le meurtre est un amusement, un divertissement. À la tête de cette tribu de marginaux, domine une figure paternelle qui ne rassure pas davantage (Jim Siedow, sadique et désaxé). Et pour cause : si le padre se fâche pour une porte bousillée, il reste - en revanche - indifférent au sort de la nana qu'il vient de kidnapper. Ce décalage, entre la violence des faits et le point de vue des tueurs frappadingues, donne au film un versant comique que Tobe Hooper a longtemps eu du mal à faire accepter (pas grave, il se lâchera en 1986 avec le sous-estimé opus deux). Car Massacre à la tronçonneuse est bien plus qu'un simple slasher/survival. Nos garçons bouchers ne représentent pas le mal absolu, ils n'ont rien du Michael Myers de Halloween. Derrière le masque, Leatherface laisse entrevoir des yeux d'enfant et des dents gâtées. Empoté, (quasi)muet et livré à lui-même, Face de cuir ne peut être comparé à un boogeyman indestructible tel que Jason Voorhees. Si dangereux, si pathétique, le bourreau est aussi une victime. Une victime de la crise économique (la chainsaw family s'est retrouvée au chômage suite à la fermeture des abattoirs), et - plus généralement - des dérives d'une Amérique en pleine désillusion... Je ne saurais conclure cette vilaine bafouille sans rendre un dernier hommage à la regrettée Marilyn Burns. Disparue le 5 août dernier, la comédienne n'a pas volé son titre de plus grande scream queen de tous les temps. Criant à tue-tête, pleurant à chaudes larmes et courant comme une dératée, la belle se démène pour échapper à ses tortionnaires. Un rôle très éprouvant qui s'achève sur un rire libérateur. La vie n'est jamais aussi précieuse que lorsqu'il faut se battre pour elle...

Fin du cauchemar pour la final girl campée par Marilyn Burns. Jamais elle n'oubliera sa petite virée chez les rejetons du diable...

Fin du cauchemar pour la final girl campée par Marilyn Burns. Jamais elle n'oubliera sa petite virée chez les rejetons du diable...

"Terrifiant ! Indispensable ! Culte !" Je veux, mon neveu !

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ingloriuscritik 09/12/2014 13:02

très agréable de lire un chronique rédigée par ceux de "la génération d'après" , et qui plus est ,avec autant de maturité ...c'en est presque touchant , sérieux !
l'angle que tu as utilisé pour donner ton point de vue est très bon , ce qui nous évite beaucoup de répétitive niaiserie comme celles que j'ai pu lire ca et la ;car je dois te préciser, s'il le fallait, que je suis fan addict depuis son arrivé en vhs au début des 80's .et je t'adresse a ce titre toutes mes félicitations.

ingloriuscritik 13/12/2014 18:14

oups , je n'avais pas lu que tu m'avais répondu ..et je t'en remercue !
je ne savais pas que qu'il t'arrivait de passer par ma petite page FB ...bon et bien merci en tout cas , et meme si tu ne m'avais pas apporté cette précision , je continuerai a venir mater voire réagir sur ce site , pas si dirty que ca ! lol
ps; concernant le coffret de " massacre " j'ai déjà truci...pardon cuisiné avec le tablier mais j'attend les vacances pour zyeuter tout ca , et t'en reparlerai a l'occase .
encore félicitation pour ton illustration de l'œuvre !

Dirty Max 666 09/12/2014 19:14

Tes compliments me touchent d'autant plus qu'ils proviennent d'un grand fan de "Massacre à la tronçonneuse" comme toi. D'ailleurs, j'ai moi aussi cassé ma tirelire pour me procurer la fameuse box dvd/blu-ray du classique de Tobe Hooper. Parmi les nombreux bonus (des docs à la pelle), la présence du tout premier long de Hooper - "Eggshells" - est un petit événement en soi. Sans oublier un livret de Jean-Baptiste Thoret, ce qui n'est pas rien. Ensuite, il ne me restera plus qu'à enfiler mon tablier Leatherface pour farcir la dinde de Noël... Je te remercie encore pour ton passage et te félicite pour ton excellente page Facebook, que je suis régulièrement. À ce propos, ta récente dédicace a bien réchauffé mon palpitant. Passe une bonne soirée, Ingloriuscritik (pas si "inglorius" que ça au vu de tes excellents billets sur FB).

Roggy 21/11/2014 13:16

Salut Max. Juste un petit mot au passage pour te dire que ton billet est vraiment très beau et qu'il transpire de l'amour du genre. Je ne pensais pas qu'il était possible d'écrire quelque chose de neuf sur le film et bien toi, tu y parviens avec l'aisance de ta plume ciselée qui te caractérise. Merci Max.

Roggy 06/12/2014 09:37

Je te remercie Max pour tes compliments et pour tes passages réguliers chez moi. A bientôt.

Dirty Max 666 05/12/2014 07:16

Ah, je viens de voir ton comm' seulement maintenant ! Je le publie donc avec un peu de retard, désolé Roggy (les notifications d'Overblog ne sont pas toujours au point ...). En tout cas, je te remercie pour ce très beau compliment, ça me fait vraiment plaisir ! Effectivement, aborder un classique de la trempe de "Massacre à la tronçonneuse" n'est pas chose aisée. Mais parfois, il faut se jeter à l'eau ! Au passage, je te félicite pour ton excellent compte rendu sur le PIFFF 2014.

Dr FrankNfurter 18/11/2014 11:29

Et cette danse finale improvisée par l'acteur avec sa tronçonneuse !

Dirty Max 666 19/11/2014 12:48

Oui, une fin ouverte qui prolonge le film bien au-delà du générique...

RanxZeVox 15/11/2014 20:37

Superbe chronique ! On y est. J'aime comme tu parles du grain de la pellicule, c'est un des trucs qui me manque le plus avec cette connerie de numérique. Et aussi de massacrer Damidot, c'est bien ça, bonne idée. Ce qui était génial dans les cinés des 70's c'était les séances permanentes, tu voyais le film autant de fois que tu voulais. J'ai maté Tommy deux fois de suite à chaque coups. J'étais fada je suis allé le voir je ne sais plus combien de fois. Mais ça y est, pour pas changer je suis hors sujet.
En tout cas je vais retourner en salle pour revoir Leatherface et sa tribu de décérébrés.
Hugo Spanky

Dirty Max 666 16/11/2014 11:49

Salut Hugo ! Ce fameux grain me manque aussi, et - heureusement- il reste bien visible sur la copie restaurée de "Massacre à la tronçonneuse". Mais certains cinéastes font de la résistance et tournent encore sur pellicule, comme le Fabrice Du Welz de "Alleluia". Sinon oui, ça serait intéressant de voir une émission dans laquelle Valérie Damidot serait chargée de retaper la baraque de Leatherface. Le massacre serait salutaire et jouissif ! À bas la télé poubelle ! Et revoir le chef-d'œuvre inoxydable de Tobe Hooper sur grand écran, c'est un peu comme faire renaître les salles de quartier des 70's...

Rigs Mordo 15/11/2014 18:02

Et ben quel texte! Magnifique, rien à voir avec celui de Mad Movies qui m'était tombé des mains! Comme quoi, on a beau en avoir lu des tonnes sur TCM, il en reste à lire et des belles chez l'ami Max! Félicitations, franchement splendide, la qualité de ta plume nous réconforte quant à sa rareté! Mes plus chaudes félicitations!

Dirty Max 666 15/11/2014 18:19

Je te remercie du fond du cœur, mon ami, mais je ne pourrais jamais me mesurer à l'écriture pro de Mad Movies...Néanmoins, découvrir "Massacre à la tronçonneuse" sur grand écran m'a fait un bien fou et je tenais à partager ma joie avec vous !