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The dirty cinema

The dirty cinema

Sale comme sauvage. Sale comme sexy. Voici une caverne entièrement dédiée aux films de genre, aux déflagrations pelliculées, aux péloches cramées, aux bisseries qui tâchent. Moteur.

Publié le par Dirty Max 666
Publié dans : #WESTERN

Les temps ont changé. C'est différent. Je vais te dire pourquoi. J'ai appris une chose : je ne serai pas éternel. Je suis malade et fatigué de tuer. Malade et fatigué de voir des blancs-becs descendre des vieux pour des conneries. J'en ai marre de tout ça. Ça n'a pas de sens. Je veux laisser quelque chose derrière moi ! Je veux vivre.

Stacy Keach dans...

 

DOC HOLLIDAY

("Doc")

de Frank Perry

États-Unis - 1971

Starring : Stacy Keach,

Faye Dunaway & Harris Yulin

 

TIMES ARE CHANGING

Silhouette balayée par le vent, John Henry "Doc" Holliday (Stacy Keach) tente de garder le postérieur vissé sur son canasson. L'âpreté du climat le contraint bientôt à trouver refuge dans un rade miteux. À l'intérieur, deux pistoleros enserrent la prostituée Kate Elder (Faye Dunaway). Notre invité surprise zieute la belle de nuit et la "joue" aux cartes contre son cheval. "Doc" remporte la fille et part pour Tombstone, là où l'attend son pote, le marshall Wyatt Earp (Harris Yulin). Ce dernier ambitionne de devenir le nouveau shérif de la ville mais pour se faire élire, il lui faut un coup d'éclat. Comme se débarrasser du gang des Clanton, des fauteurs de troubles notoires. C'est là que doit intervenir "Doc" Holliday. Mais malheureusement, les deux amis ne partagent plus la même vision des choses. Le monde a changé et eux aussi."- Nous parlons en salauds, Wyatt. - Nous le sommes, John"... Vous connaissez ces personnages. Les récits de leurs exploits ont été célébrés par une floppée de westerns. Parmi les plus fameux, citons La poursuite infernale (John Ford, 1946), Règlements de comptes à O.K. Corral (John Sturges, 1957) et plus près de nous, Tombstone (George Pan Cosmatos, 1993) et Wyatt Earp (Lawrence Kasdan, 1994). Doc Holliday se situe à l'opposé de ces quelques exemples. Ici, la légende ne masque plus la vérité. Les "héros" d'autrefois dévoilent leur vrai visage. Les vallées, jadis trop vertes pour être honnête, deviennent rouge sang. Vous l'aurez compris, à l'instar de La horde sauvage (Sam Peckinpah, 1969) et Les charognards (Don Medford, 1971), le film de Frank Perry s'impose comme un grand western démystificateur.

Cinéaste discret qui ne s'est jamais intégré au système hollywoodien, Frank Perry (1930-1995) est l'auteur d'une dizaine de longs métrages (sans compter quelques travaux pour la télévision). Également producteur de la plupart de ses films, Perry voit sa carrière démarrer sur les chapeaux de roue avec le remarqué David et Lisa (1962), une love story située dans une clinique psychiatrique. Le succès - public et critique - est au rendez-vous, avec en prime deux nominations aux Oscars. Des débuts, placés sous le signe du cinéma indépendant, qui annoncent l'avènement du Nouvel Hollywood... D'autres drames psychologiques et sociaux vont suivre, dont le plus singulier reste Le plongeon (aka The swimmer, 1968). Burt Lancaster n'y a qu'une seule obsession : rentrer chez lui en piquant une tête dans toutes les piscines environnantes. Une œuvre libre et unique, disponible en dvd chez Wild Side. Et comme j'adore Barbara Hershey, je ne peux m'empêcher de citer Dernier été (1969), un triangle amoureux dans lequel la superbe brune ne laisse indifférent ni Richard Ça Thomas ni Bruce Lords of Salem Davison. En 1974, Perry dirige un thriller fantastique sélectionné au festival d'Avoriaz : Enquête dans l'impossible (Man on a swing en VO). L'histoire d'un flic et d'un médium s'associant pour tenter d'élucider un meurtre. À l'orée des eighties, le réalisateur retrouve Faye Dunaway pour les besoins de Maman très chère (1981), l'adaptation des Mémoires de la fille de Joan Crawford. Malheureusement, le film se prend dans la tronche cinq razzie awards (les Oscars du "pire"). Ce qui n'arrête pas Frank Perry qui enchaîne ensuite avec Monsignor (1982) où le superman Christopher Reeve revêt la soutane d'un prêtre arriviste et borderline. L'ultime film de l'auteur de Doc Holliday est l'autobiographique On the bridge (1992). Il s'agit d'un documentaire relatant la lutte du metteur en scène contre le cancer. Une saloperie qui finira par l'emporter trois ans plus tard.

La mort est aussi au centre du personnage de "Doc" (bouleversant Stacy Keach), gunfighter tuberculeux dont les jours sont comptés. Joueur invétéré et buveur impénitent, l'ancien dentiste ne gagnera pas son duel contre la grande faucheuse. La fin est proche et aucune rédemption ne lui sera accordée. Le paradis existe seulement dans les fumeries d'opium. Comme le William Munny d'Impitoyable (Unforgiven en VO), l'acolyte de Wyatt Earp est impardonnable parce qu'il a flingué pas mal de monde. Ses sentiments réciproques pour l'entraîneuse Kate (lumineuse Faye Dunaway) débouchent sur une impasse, la maladie le privant de tout avenir. Une histoire d'amour impossible pour un couple paumé dans un monde sauvage, sale et corrompu. Funèbre et désenchanté, Doc Holliday rompt avec la vision idyllique des westerns d'antan. Avec Sept secondes en enfer (John Sturges, 1967), le film de Perry est le seul à écorner l'image de l'illustre Wyatt Earp (impeccable Harris Yulin). Un individu avide de pouvoir et prêt à tout pour arriver à ses fins, quitte à contourner la loi qu'il est censé représenter. Ce portrait - certainement plus conforme à la réalité - met à mal la supposée droiture du marshall de Tombstone. Ses retrouvailles avec "Doc" sont empreintes de nostalgie désabusée, tant ce dernier ne reconnaît plus son pote qui s'est mué en odieux politicard (pléonasme). Wyatt, c'est l'Amérique moderne, celle du capitalisme et des grands espaces privatisés. Holliday, c'est l'esprit chevaleresque d'un autre temps, l'image d'un Far West dépassé et bientôt enterré. Guet-apens tendu par Earp pour abattre les Clanton, la fusillade d'O.K. Corral ressemble à une exécution sommaire et n'a vraiment rien d'héroïque. Les repères sont brouillés : nous ne savons plus qui sont les "bons", qui sont les "méchants". À la fin du film, "Doc" - bourreau malgré lui - finit par se dégoûter lui-même, à l'instar de James Coburn dans Pat Garrett et Billy le kid... Filmé à hauteur d'homme et magnifiquement interprété, Doc Holliday est le chant du cygne le plus déchirant du western.

Stacy Keach dans Doc Holliday : un homme pris en étau entre son colt et l'absurdité de son existence.

Stacy Keach dans Doc Holliday : un homme pris en étau entre son colt et l'absurdité de son existence.

Maman enterre mes pistolets
Je ne veux plus me battre
Ce grand nuage noir se rapproche
J'ai envie de frapper aux portes du paradis

Bob Dylan - Knockin' on heaven's door

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ingloriuscritik 09/12/2014 12:17

Excellent décryptage d'une œuvre un peu oubliée voire ignorée avec cette sacrée gueule de Stacy keach , qui n'a pas eu la rançon d'une gloire que ses épaules méritaient ... probablement un des derniers "vrai" western oldie avant sa tombée en disgrace .Et "dirty" un des meilleurs(derniers ??) blog a lui rendre hommage , et passionnément .

Dirty Max 666 09/12/2014 18:36

Bienvenue, cher Ingloriuscritik ! Je suis bien d'accord avec toi au sujet de Stacy Keach, un comédien sous-estimé, une gueule inoubliable, une stature qui en impose. Dans "Doc Holliday", il est formidable en "légende" condamnée par la maladie. Outre le film de Perry, sa filmo regorge d'œuvres remarquables comme "Juge et hors-la-loi", "Les flics ne dorment pas la nuit", "Fat City","La montagne du dieu cannibale", "Le gang des frères James", "Los Angeles 2013", "American History X"...Un chouette CV qui ne se limite pas à la série télé "Mike Hammer"...En tout cas, merci pour ton commentaire qui me fait rougir comme une tomate tueuse...

Roggy 06/12/2014 09:53

Je ne connais pas non plus ce film mais ton texte me donne envie de le voir même si j'ai un préférence pour les westerns italiens. Et, je me souviens aussi de l'interprétation enflammée d'un Val Kilmer en doc Holliday dans "Tombstone". Pas grand chose à ajouter à ta liste à part que je conseille également à Rigs les films italiens et "Et le vent apporta la violence" avec ce taré de Klaus Kinski.

Dirty Max 666 06/12/2014 19:51

Bonsoir Roggy ! Tout comme les westerns all'italiana, des films comme "Doc Holliday" ont aussi révolutionné le genre, de l'autre côté de l'atlantique... Je me souviens aussi d'un très bon Val Kilmer chez George Pan Cosmatos, même si "Tombstone" manque un peu d'épaisseur et de lyrisme...Quant à "Et le vent apporta la violence", il s'agit d'une très belle référence, ce côté western à la sauce gothique étant vraiment original. Passe une bonne soirée, Roggy !

Rigs Mordo 04/12/2014 20:44

Comme tu le sais peut-être, je n'y connais rien en western! Non pas que je sois touché par une aversion particulière pour le genre, c'est juste que trop braqué sur le fantastique/horreur, je n'ai jamais pris le temps d'aller dans ces terres arides. Ta chro me donne en tout cas bien envie d'aller m'allonger contre un cactus car, comme toujours avec toi, tu décris fort bien ce qui nous attend et donne très envie! Dirty the Kid a encore frappé!

Rigs Mordo 05/12/2014 16:13

Merci pour tes conseils, je suis vraiment un puceau en terme de westerns, j'en ai vu enfants mais je ne saurais même pas te dire lesquels, ça te donne une idée... Je plancherai sur tout ça un de ces quatre, je prends note en tout cas! Merci !

Dirty Max 666 05/12/2014 08:39

Salut Rigs ! Pour te faire découvrir un peu plus le genre, je peux te conseiller un western fantastique (que tu as peut-être déjà vu) : "L'homme des hautes plaines" (1973). Un chef-d'œuvre nihiliste et baroque dans lequel Clint Eastwood filme le "Far West comme les Carpates de Dracula" (la formule n'est pas de moi mais du n°100 de Mad Movies). Plus généralement, le western italien - de par ses nombreuses expérimentations et transgressions - s'est souvent trouvé à la lisière du surnaturel, comme le prouve les péloches d'Antonio Margheriti (cf. les gothiques "Avec Django, la mort est là" et "Et le vent apporta la violence"). Sans parler d'une violence outrancière parfois proche du film d'horreur (cf. "Les quatre de l'apocalypse" de Fulci ou "Tire encore si tu peux" du regretté Giulio Questi). Pour conclure, je pourrais aussi te causer du western spaghetti qui aurait inspiré Eastwood pour "L'homme des hautes plaines" : "Django le bâtard" (Sergio Garrone, 1969). Avec ça, je sens que tu vas nous faire un p'tit "Rayon western" sur Toxic Crypt !

thierry 04/12/2014 20:01

voila un réalisateur et un film que je ne connaissais pas du tout et que je m'empresse de découvrir !!!

Dirty Max 666 05/12/2014 08:11

Salut Thierry, Frank Perry est effectivement un réalisateur méconnu mais "Doc Holliday" - l'unique western de sa filmographie - est à découvrir d'urgence. Et merci de ton passage, l'ami !