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The dirty cinema

The dirty cinema

Sale comme sauvage. Sale comme sexy. Voici une caverne entièrement dédiée aux films de genre, aux déflagrations pelliculées, aux péloches cramées, aux bisseries qui tâchent. Moteur.

Publié le par Dirty Max 666
Publié dans : #NEWS & EVENEMENTS
IN MEMORIAM

La mort a faim (toujours) et dévore (aussi) les artistes. Jamais rassasiée, elle les becte vieux comme jeunes, elle les cueille au pieu, dans leur sommeil ou à l'agonie, dans une mare de sang. Elle s'en fout la mort, elle est indifférente à notre sort et ne fait aucune distinction. Tout le monde y passe. Du dessinateur de génie à l'assassin fanatique. Nul n'échappe à la dame en noir. Le cinéma tente de déjouer cette réalité en figeant la jeunesse, en immortalisant les sourires et en cristallisant les rêves. Toi qui entre ici par mégarde, profites-en ! Profites-en avant que l'humanité ne s'effondre sous le poids de son incommensurable bêtise. Profites-en avant que les saltimbanques ne soient tous étouffés par la diarrhée obscurantiste. Mate-toi des films, bouffe de la péloche, enfonce tes mirettes dans le derche du 7ème art. Ne crains rien, le 7ème art n'a pas d'odeur, sauf si tu fous ton pif dans le tréfonds d'une prod EuropaCorp ou dans le fondement de La famille Bélier. Souviens-toi de ce mastard de Rod Taylor, passager floué et vénère du dernier train du Katanga. Souviens-toi à quel point la beauté d'Anita Ekberg a défié les lois de la nature dans La dolce vita. Souviens-toi de la troublante Sister Hyde et de tes premiers épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir. Souviens-toi des thrillers engagés du père Rosi, le maître du cinoche populaire et citoyen. Oui, cher lecteur, souviens-toi et surtout n'oublie pas. Car le jour où la toile restera blanche et la bande son muette, on sera vraiment dans la merde.

IN MEMORIAM

ROD TAYLOR (1930-2015)

"Quand il cause, les gars de 60 kilos l'écoutent". Voilà ce que l'on aurait pu dire du père Taylor. Un gentleman à la carrure intimidante, un acteur d'une grande classe. Le charme de Cary Grant et le gabarit de Lino Ventura. Australien d'origine, Rod s'est tranquillement fait sa place à Hollywood. Notamment en interprétant le scientifique du génial La machine à explorer le temps (un authentique classique de la SF qui n'a pas pris une ride), en tenant tête aux volatiles hargneux des Oiseaux (un grand moment de tension qu'on ne présente plus) et en jouant les mercenaires dans le cultissime Le dernier train du Katanga (référence absolue du film de commando). Très riche, la carrière de Taylor s'étale sur près de soixante ans, ce qui représente un paquet de longs métrages (et de séries TV). Si je ne devais citer qu'un film de plus, ce serait Chuka le redoutable (1967), western méconnu (et à connaître) signé Gordon Douglas. Un film de siège à l'issue tragique dans lequel Rod Taylor se montre plus que jamais viril et charismatique. Une constante chez ce grand monsieur à la bobine inoubliable.

IN MEMORIAM

ANITA EKBERG (1931-2015)

Plus voluptueuse que la volupté elle-même, Anita Ekberg était une vénus callipyge, la Christina Hendricks de l'époque. Après avoir été élue Miss Suède en 1950, la sirène scandinave tente sa chance à Hollywood et remporte le Golden Globe du meilleur espoir féminin pour son rôle dans L'allée sanglante (1955). Mais c'est en Italie que la blonde fantasmatique devient un sex-symbol planétaire. En 1960, Federico Fellini la dirige dans La dolce vita aux côtés du veinard Marcello Mastroianni. La fameuse baignade nocturne dans la fontaine de Trevi (à Rome) est dans toutes les mémoires. Par la suite, la comédienne retrouvera le maestro à trois reprises : Boccace 70 (1962), Les clowns (1971) et Intervista (1987). Le reste de sa filmo est aussi digne d'intérêt puisqu'on y trouve du péplum (Sous le signe de Rome), de l'aventure (Les mongols), du western (Quatre du Texas), du gothique vampirique (Malenka), du giallo (La mort sonne toujours deux fois), du western spaghetti (La longue chevauchée de la vengeance), de l'espionnage (Nom de code : S.H.E.), de la nunsploitation (La petite sœur du diable)... Et puis, y a pas à dire : Anita Ekberg, c'était quand même quelque chose...

IN MEMORIAM

BRIAN CLEMENS (1931-2015)

Il était l'un des plus importants scénaristes et producteurs de la TV britannique. Son titre de gloire : Chapeau melon et bottes de cuir, série culte dont il écrit trente-deux épisodes de 1961 à 1969. Inventif, moderne et transgressif, le style Clemens se met également au service d'autres shows comme L'homme invisible (1959), Destination danger (1960), Amicalement vôtre (1971), Poigne de fer et séduction (1972), un nouveau "Chapeau melon" (The new avengers, 1976) et une série qu'il crée Les professionnels (1977). Un beau palmarès. Le grand écran n'est pas en reste puisque Brian Clemens est aussi derrière les scripts de longs métrages comme And soon the darkness (Robert Fuest, 1970), Terreur aveugle (Richard Fleischer, 1971), Le voyage fantastique de Sinbad (Gordon Hessler, 1973), Les yeux de la forêt (John Hough, 1980)... N'oublions pas de mentionner son audacieuse (et très libre) adaptation de Stevenson : Dr Jeckyll et Sister Hyde (Roy Ward Baker, 1971). Une première production Hammer, bientôt suivie d'une seconde : Capitaine Kronos : tueur de vampires (1974), l'unique réalisation de Clemens. Sans lui, la pop culture british ne serait pas la même.

IN MEMORIAM

FRANCESCO ROSI (1922-2015)

Francesco Rosi était le roi du thriller politique italien des années 1960 et 1970. Enquête rigoureuse, narration précise et mise en scène au service de son sujet : le cinéaste s'est fait le spécialiste du "film dossier". Des exemples : Le défi (1958), Salvatore Giuliano (1961), Main basse sur la ville (1963), L'affaire Mattei (1971), Lucky Luciano (1973), Cadavres exquis (1975), Oublier Palerme (1989). La mafia, la corruption, le pouvoir et l'affairisme sont autant de thèmes qui permettent à Rosi de livrer un portrait juste et lucide de la société transalpine et de son histoire. Histoire qu'il évoque également dans Les hommes contre (1970), pamphlet antimilitariste relatant le conflit italo-autrichien de la Première Guerre Mondiale (on songe aux Sentiers de la gloire de Kubrick). "J’ai toujours cru en la fonction du cinéma en tant que dénonciateur et témoin de la réalité, et en tant que support d’histoires dans lesquelles les enfants puissent mieux connaître leurs pères et en tirer un enseignement afin de se former un jugement dont l’Histoire serait la référence." Francesco Rosi, un cinéaste de conviction.

Malgré les récupérations politico-religieuses et l'irresponsabilité des médias, continuons à être Charlie et restons le. Dans cette optique, je tiens à rendre un dernier hommage aux journalistes de Charlie Hebdo avec ce petit gribouillage de mon cru... inspiré  par la scène la plus célèbre de Cannibal holocaust. L'irrévérence est un trésor, ne le laissons pas s'enfouir sous terre.

IN MEMORIAM

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Sékateur 25/01/2015 14:32

Superbe revue nécrologique. J'ignorais la plupart de ces décès. Ces stars du passé sont très largement oubliées. Ton laïus sur la liberté d'expression est d'une justesse incontestable, tout comme ce dessin, un vrai chef-d'oeuvre !

Dirty Max 666 25/01/2015 18:54

Merci Séka ! La liberté d'expression est aujourd'hui gravement menacée. La terreur plane sur tous les arts et impose ses diktats. La résignation ou la bombe. Critiquer, protester, brocarder va être très difficile à l'avenir, surtout si l'on se frotte à certains tabous. La barbarie, l'obscurantisme, la peur et l'autocensure vont-ils museler la créativité ?

Roggy 22/01/2015 20:00

Décidément, ce début d'année est bien tristounet... Néanmoins, un bel hommage respectueux Max, comme d'hab...

Dirty Max 666 22/01/2015 21:53

Oui, je suis bien d'accord avec toi, Roggy... Pour honorer la mémoire de ces artistes, continuons à défendre la culture, en particulier celle qui a le courage de remettre en cause les dogmes...