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The dirty cinema

The dirty cinema

Sale comme sauvage. Sale comme sexy. Voici une caverne entièrement dédiée aux films de genre, aux déflagrations pelliculées, aux péloches cramées, aux bisseries qui tâchent. Moteur.

Publié le par Dirty Max 666
Publié dans : #GIALLO

 

TORSO

(I corpi presentano tracce di violenza carnale)

de Sergio Martino

Italie - 1973

Starring : Suzy Kendall, Tina Aumont &

Luc Merenda

 

BODY PUZZLE

I corpi presentano tracce di violenza carnale. Les corps présentent des traces de violence charnelle. Le titre original de Torso résume à lui tout seul la nature d'un genre enfermé dans les limbes d'une sexualité destructrice. Le générique d'ouverture défile sur une partie fine troublée par la présence d'une poupée aux yeux crevés. Les mains, que l'on devine être celles de l'assassin, caressent le corps nue d'une jolie blonde (Patrizia Adiutori) comme s'il s'agissait d'un autre jouet. Mais un jouet de chair et de sang appelé vite à se casser. Des prises de vues photographiques instaurent une ambiance malsaine où le voyeurisme annonce les malheurs à venir... La séquence suivante s'ouvre sur le tableau du Pérugin décrivant le martyre de Saint Sébastien. Deux flèches dans un corps "vertueux", des yeux pointés vers le ciel et une souffrance dédiée à un dieu indifférent au sort des hommes. Les étudiantes de l'université de Pérouse, en Italie, ne sont pas seulement là pour devenir des pointures en Histoire de l'art. Elles vont aussi apprendre la terreur. Car un maniaque rôde dans les parages et étend son ombre menaçante sur Jane (Suzy Kendall) et ses copines de fac...

Un tueur caché dans l'ombre des jeunes filles en fleurs : le refrain est connu et pourtant Torso n'a pas la saveur du giallo ordinaire. La violence y est râpeuse et le sexe mène plus au trépas qu'à la jouissance. L'assassin prend son pied en plantant ses victimes. Son terrain de chasse favori est un campus universitaire. Son visage se dissimule sous une cagoule miteuse. Sa lame purificatrice frappe les donzelles délurées et seule la plus "sage" a des chances d'être épargnée. Nous sommes en 1973 et Sergio Martino vient - inconsciemment - de mettre en place les codes visuels et thématiques du slasher américain. Deux ans avant, La baie sanglante de Bava avait déjà emmené le thriller transalpin vers des rivages plus spectaculaires et mortifères. La spirale meurtrière orchestrée par super Mario se verra pomper (et vider de sa substance cruelle et ironique) par le fameux Vendredi 13 (1980). Mais Sean S. Cunningham a également dû voir Torso puisqu'un passage du film de Martino semble aussi l'avoir influencé. Quand une fêtarde se fait occire dans une forêt hantée par la silhouette d'un boogeyman fantomatique, il est impossible de ne pas penser au premier massacre de Crystal Lake. La preuve que Cunningham ne s'est pas contenté d'imiter le Halloween de Big John...

Que Sergio Martino soit une source d'inspiration n'a rien d'étonnant. On dit souvent de lui qu'il est l'un des meilleurs artisans du Bis italien, ce qui est incontestable. On pourrait aussi tout simplement affirmer que le Sergio est avant tout un très bon cinéaste. Compétent, talentueux et inspiré, le frangin du regretté Luciano s'est illustré dans tous les genres (une idée de double programme pour ce soir : le western baroque Mannaja et le film de monstres aquatiques Le continent des hommes poissons, vous m'en direz des nouvelles). Mais c'est avec le giallo qu'il brille le plus. Dès le début des 70's, la filmo martinienne compte en la matière cinq réussites éclatantes. Outre La queue du scorpion et Torso, la trilogie "vicieuse" avec Edwige Fenech reste un sommet de suspense tortueux, d'horreur raffinée et d'érotisme capiteux. Citons pour le plaisir, ces trois thrillers aux titres mystérieux : L'étrange vice de Madame Wardh (que j'aurais bien voulu avoir comme voisine), Toutes les couleurs du vice (une belle palette, assurément) et Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé (traduction littérale du titre original, le film n'étant pas sorti dans les salles françaises de l'époque; Torso non plus d'ailleurs). I corpi presentano tracce di violenza carnale n'a rien à envier à ses prédécesseurs et se distingue surtout par une approche plus gore qui - comme nous l'avons vu - explosera dans la décennie suivante. Le film s'autorise même quelques effets joliment old school (voire même un peu trop visibles, mais on s'en fout).

Sergio Martino s'y connaît également pour répandre un climat de suspicion dans lequel chaque protagoniste devient un prédateur potentiel (regards équivoques cadrés en de multiples gros plans). Avec l'aide du co-scénariste (et spécialiste du giallo) Ernesto Gastaldi, le réalisateur de Mademoiselle cuisses longues concocte un whodunit qui se conclut par une révélation finale s'inscrivant parfaitement dans l'esprit du genre (du traumatisme de l'enfance naît le pire des cinglés). Avant d'en arriver là, Martino a eu un coup de génie en suggérant (par le biais d'une ellipse) le meurtre de trois nénettes lors du dernier acte. Un procédé qui se focalise sur l'après au lieu de s'intéresser au pendant, c'est-à-dire à la mise à mort en elle-même. Comment le tueur va-t-il  se débarrasser des cadavres ? C'est ce que découvre l'unique survivante du massacre, planquée mais témoin impuissant de la sale besogne (on peut déceler une référence à cette séquence dans le Haute tension d'Alexandre Aja). Notre psycho-killer a d'ailleurs bon goût en matière de femme puisque les actrices de Torso inspirent toutes la bagatelle et dévoilent souvent leurs charmes. On ne saurait rester de marbre devant les corps incandescents de Patrizia Adiutori et Conchita Airoldi (déjà présente dans Lo strano vizio della signora Wardh) ou devant les chairs entremêlées d'Angela Covello et Carla Brait (dont c'est ici la seconde expérience giallesque après Les rendez-vous de Satan de Giuliano Carnimeo). Si l'excellente Tina Aumont se montre plus frileuse, elle domine pourtant la distribution et aurait fait une "final girl" bien plus convaincante que sa camarade Suzy Kendall, que je trouve un peu fade. Luc Merenda aussi (l'acteur est bien meilleur dans les poliziotteschi de Martino), pas aidé il est vrai par un personnage de médecin grossièrement greffé au récit. Mais rien de bien méchant car Torso a aussi plein d'autres qualités : un décor unique (Pérouse et son cachet historique), une musique entraînante (due aux frangins De Angelis)... Et vous pouvez compter sur The Ecstasy Of Films pour vérifier si je n'ai pas trop raconté de conneries. Car il y a quelques mois, l'éditeur avait offert à ce remarquable giallo un dvd et un blu-ray de haute tenue. Ce qui est amplement mérité.

Papouille et fumette pour Conchita Airoldi dans Torso : profitons-en avant d'y passer !

Papouille et fumette pour Conchita Airoldi dans Torso : profitons-en avant d'y passer !

À écouter en lisant ma p'tite bafouille (ah merde, c'est déjà fait ?) : un extrait du score de Guido et Maurizio De Angelis.

BODY PUZZLE

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Roggy 07/02/2015 17:03

Encore un beau texte pour ce giallo qui t'a apparemment bien plu (en même temps avec toutes ces donzelles dévêtues...). Je confirme les propos de Rigs sur ta prose qui mériterait d'être gravée dans le marbre. Continue comme ça l'ami ! Et, en plus tu dessines !

Dirty Max 666 07/02/2015 17:47

Un grand merci à toi, Roggy, ça me touche ce que tu me dis là. Quant au dessin, je m'y suis récemment remis. Je vous en referai d'autres à l'occasion...

Rigs Mordo 04/02/2015 14:24

Faudra que je l'achète également, j'ai du retard comme tu vois, mais ton splendide papier (comme toujours, vous me direz) me pousse de plus en plus vers les boutiques... En tout cas, beaucoup disent comme toi: c'est un giallo qui a beaucoup influencé les slasher, et tu me connais ça ne peut que me donner envie de le voir quand on me sort ça! C'est en tout cas toujours un plaisir de plonger dans tes écrits, que j'aime tout particulièrement pour leur faculté assez incroyable pour nous mettre dans l'ambiance des films que tu décris... Tu devrais écrire des romans, sérieux.

Dirty Max 666 04/02/2015 14:59

Effectivement, ce Torso ne peut que titiller ta fibre slasheresque ! D'ailleurs, l'excellent dvd/blu-ray de chez The Ecstasy Of Films est toujours dispo (tu sais certainement déjà que la prochaine galette de l'éditeur sera... The punisher version Lundgren !). Et merci encore pour tes encouragements, Rigs !

RanxZeVox 02/02/2015 21:15

Allez hop, vendu ! Je reviens dans quelques jours pour te donner mon avis.
Hugo Spanky

Dirty Max 666 02/02/2015 22:19

Cool, à très bientôt alors !